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Critique littéraire :
La recette du gâteau bretonCet individu Qui connaît l’hypnose Bel enfant perdu Vous a rendu chose
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Remise des tickarts 2012
Publié dans Divers, P'tits films
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La recette du gâteau breton
Chouette ! C’est l’été ! Les petits oiseaux chantent, les alligators somnolent au fond des marigots, les abeilles vrombissent dans les champs et du ciel radieux ne tombe d’autre pluie qu’une torpide ondée de rayons solaires en vrac. C’est l’heure de parler du gâteau breton. Le manuscrit que je reproduis ici est une rareté. Il s’agit de la recette du gâteau breton écrite sur un bout de papier par ma mère, pas plus tard qu’il y a deux semaines.
Recette du gâteau breton, page 1
H Eléouet, collection particulière
Une analyse rapide suffit pour analyser rapidement la chose, et la conclusion s’impose d’elle-même. N’importe quel graphologue vous dira que c’est un gâteau délicieux. « Rien n’est plus facile que de s’en assurer », répliquera n’importe quel pâtissier. Depuis le temps lointain de mes expéditions en Antarctique où je rôtissais des pingouins pour assurer ma subsistance, je n’avais plus jamais cuisiné. Mais, par l’enfer, pensais-je à part moi l’autre jour, qu’on me munisse une fois seulement d’un moule de 26 cm de diamètre environ, et on verra ce qu’on verra ! Dans l’instant que je pensais cela, mes yeux tombèrent soudain sur un tel moule, posé comme par un fait exprès sur l’étagère du buffet !
Ce moule a 26 cm de diamètre environ. Calculez la circonférence du moule. Combien peut-on poser de moules côte à côte sur une étagère de 35 m2 ?
Si vous avez bien lu, le grand principe du gâteau breton consiste à mélanger ce qu’on a sous la main dans un saladier et, si ce qu’on a sous la main est providentiellement composé de sucre, de farine, d’œufs et de beurre en idéales proportions, le gâteau est réussi. Par un effort de réflexion que je ne m’explique encore pas très bien, j’eus l’idée de réunir les ingrédients sur la table – comme s’ils s’y fussent trouvés par hasard – afin de mettre toutes les chances de mon côté. Après quoi, rien de plus simple. Quand on a plumé des pingouins dans le Grand Nord, on ne craint pas de mélanger des œufs, du beurre, de la farine et du sucre.
C’est de mes mains burinées par les intempéries, auxquelles il ne me reste plus que trois doigts valides, un à droite, deux à gauche (le couvercle du piano a sectionné les autres en se refermant brutalement sur eux un jour que j’interprétais la rhapsodie hongroise devant un parterre composé de grands de ce monde) que je m’appliquais donc à – comme il est dit dans le manuscrit – mélanger, émietter, travailler, reconstituer en boule. Sur ce dernier point, j’ai quelques réserves, le concept de boule unique évoqué dans la recette me parait devoir s’incarner dans la vie réelle en plusieurs masses collantes qu’on ne parvient à étaler qu’à force de les secouer vigoureusement au-dessus du plat pour qu’elles se détachent des mains – le point commun, à ce stade, entre la pâte et du sparadrap ne doit cependant pas trop vous inquiéter si vous tentez l’expérience. Voyez plutôt le résultat :
La pâte est domestiquée dans son moule. Elle ne peut plus vous coller aux doigts.
C’était l’heure de consulter la suite du programme :
Recette du gâteau breton, suite et fin
H Eléouet, collection particulière
En le suivant consciencieusement, on arrive à la fin de l’histoire sans trop se fatiguer :
Ton compte est bon, mon gaillard !
« Miam ! » suis-je tenté de résumer. On peut ajouter de la strychnine afin d’empoisonner sa grand-tante Adélaïde, ou bien une lime pour que son cousin Bob s’évade de prison. Mais la merveilleuse particularité du gâteau breton réside dans sa faculté d’être conservé très longtemps, ainsi qu’il est ici mentionné d’une plume hésitante :
La légende murmure qu’après quelques semaines, il est meilleur. C’est une légende. La Villemarqué la mentionne quelque part. Mais personne n’a jamais vérifié. En 1852 – nous sommes en plein romantisme, un jeune poète exalté décida de tenter l’expérience. Voici un extrait de son journal intime :
Mardi 5 juin 1852
Mon mal de vivre continue. Comprenez-vous que j’aspire à l’infini ? J’ai décidé d’attendre un mois avant de manger le gâteau breton que je viens de cuire. On verra bien si la recette dit vrai.
Mercredi 6 juin 1852
Je n’en peux plus. J’ai déjà mangé la moitié du gâteau en m’inventant des excuses.
Jeudi 7 juin 1852
Je suis faible. Il ne me reste plus qu’à me jeter du haut de la falaise.
(Le journal s’arrête là).
Pour terminer, je suis en mesure de donner quelques conseils aux personnes qui seraient tentées par l’aventure :
– Ne prenez pas de photographies pendant que vous préparez le gâteau sans vous être lavé les mains au préalable, surtout si l’appareil n’est plus sous garantie.
– N’essayez pas non plus de pratiquer l’aquarelle ou la gymnastique rythmique et sportive. Chaque chose en son temps !
– Essayez un peu de manger des crêpes à la confiture en mélangeant la pâte, pour voir. Vous ne ferez pas les malins très longtemps.
La semaine prochaine, Histoire de France par Mme L. de Saint-Ouen, Librairie de L. Hachette et Cie, 1860.
Publié dans Critiques littéraires
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Bob et Natacha
La plupart du temps la terre est ronde et le temps s’écoule en pays de cocagne avec la fluidité du petit ruisseau qui gazouille dans la prairie, mais il arrive que parfois les sombres nuages de la contrariété assombrissent de leur silhouette inquiétante le ciel radieux de l’existence.
Ainsi de cette chronique où je ne peux faire mieux qu’étaler mon embarras pour la raison que je ne connais pas la langue dans laquelle sont écrits les romans dont il est aujourd’hui question.
Ah ! L’Inde ! Les éléphants ! Les boas constrictors ! Les renards des neiges ! Les mammouths laineux ! Pour quelqu’un qui, comme moi, ne s’est hasardé au-delà de Ploudalmézeau qu’en de rares occasions, ce pays figure l’exotisme absolu. Mon petit frère est allé en Inde. Il en revint les bras chargés d’or et de pierreries – qu’il avait probablement dérobés dans le palais d’un maharadjah, trésor dont il couvrit des pieds à la tête sa sœur et ses parents, avant de se tourner vers moi et de jeter négligemment à mes pieds les deux livres chiffonnés dont la couverture est représentée ici. Comment avait-il deviné que j’en rêvais ? Je n’aurais pas échangé ces deux livres contre les rivières de lapis-lazulis dont il répandait les ondes tintinnabulantes sur le plancher.
Je lisais l’autre jour une théorie d’Einstein selon laquelle E=MC2 et je murmurai in petto « Félicitations, Albert, tu tiens le bon bout » ; non que je comprisse aussi peu que ce fût la signification du E, du M, du C ou la raison pour laquelle ce bougre de physicien mettait au carré la multiplication de ces deux dernières lettres, mais mon formidable instinct m’avertissait de ce qu’il avait visé juste. Ça ne m’étonnerait pas qu’on entende parler de ce type très prochainement et, je serais vous, je miserais quelques euros sur sa binette pour le prochain Nobel. Ce même genre d’instinct ne pourrait-il pas m’avertir, en bouquinant les livres mentionnés plus haut, de ce qu’on éprouve à la lecture de telle ou telle page ? Ne serait-ce pas un talent prodigieux ? Essayons :
Mon embarras de tantôt fond comme neige au soleil. L’illustrateur ayant en outre jugé bon de souligner par de jolis petits dessins tel ou tel passage, je suis en mesure de les traduire. Un brin de jugeote suffit chaque fois pour en comprendre le sens.
« Bob, s’écria Natacha, il y a une mouche dans le potage ! »
Bob avait le cœur brisé. Natacha ne voulait plus dîner avec lui.
Je laisse les plus malins d’entre vous déduire la traduction complète des six pages reproduites dans cet article à partir de ces deux extraits. C’est facile maintenant.
Ah ! L’Inde ! Ce pays lointain où Bob n’aurait pas dû épouser Natacha ! Quand je pense à la rotondité de la terre il m’arrive de désirer d’en parcourir la circonférence et de m’arrêter ici ou là pour admirer le paysage. Mais j’aime encore mieux me prélasser dans les littératures du monde, qui ne sont pas si compliquées que ça. A propos d’Einstein, tiens, j’aurais une suggestion à lui faire : Y = HG3, où Y représente un yoyo, H la hauteur du fil et G la trajectoire de l’engin. Quand on joue au yoyo, cette formule permet de passer agréablement le temps en essayant de la comprendre.
Ah ben tiens, la semaine prochaine nous évoquerons la recette du gâteau breton.
Publié dans Critiques littéraires
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Amour impossible à Valparaiso
« Amour impossible à Valparaiso » est un petit film tourné l’été dernier. J’avais sorti Bilodule de son placard. Clotilde de Brito interprète la mâchoire, qui est l’autre personnage de l’histoire, avec un réalisme effrayant. Il s’agit d’un moulage de mes dents (pas Clotilde, la mâchoire) qu’un dentiste m’offrit autrefois. Les paléontologues pourront déduire l’âge que j’avais rien qu’en les observant.
Avec le recul, je trouve que ce film d’animation en manque tout de même un peu. C’était très rigolo de le réaliser.
Publié dans P'tits films
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Mots à caser spécial loisir décembre 1986
Léon Tolstoï, qui portait une barbe, ne manquait jamais de la caresser distraitement avant de se mettre à travailler. Caressons-nous distraitement une longue barbe imaginaire où l’âme Russe est empreinte et commençons de travailler à la critique d’une œuvre majeure que les siècles ont charriés jusqu’à nous par le mouvement inlassable du Temps qui charrie toutes choses avec une égale impassibilité. Si pas les siècles, en tout cas les dizaines d’années. En tout cas, deux décennies et demie puisque le livre que nous allons aujourd’hui disséquer n’est rien moins que le Mots à caser spécial loisir de décembre 1986, dont les jeux furent composés par Alain Dubois.
Quand on regarde la couverture on s’aperçoit qu’ils eussent pu être composés par n’importe qui d’autre dont le nom et le prénom ont une lettre en commun. Le sens de l’œuvre en eût-il été changé ? Pas sûr. C’est le propre des grands livres qu’ils dépassent leur créateur de très loin pour toucher à l’universel. On a le cœur fendu par tant d’humanité. L’auteur importe peu, au fond, du moment qu’il tient dans les cases.
Ça relativise beaucoup Guerre et paix. Mais ce qu’il y a de chouette avec les mots à caser, c’est qu’avant de jouer on peut utiliser les grilles pour s’assurer qu’on ne souffre pas d’un trouble de la vue :
Si vous voyez des petits carrés noirs dans cette grille, consultez un ophtalmologiste.
Si vous ne voyez aucun petit carré noir dans cette grille et que pour vous les lettres inscrites sont « E », « L », « T », « O », « U », « N », consultez un ophtalmologiste. A votre place, je m’inquiéterais.
Le tout étant de ne pas se tromper de page pour poser un diagnostic. On a vu des lecteurs qui ont consulté des ophtalmologistes au lieu de remplir une simple grille de mots croisés. La plaie de l’ophtalmologie, ce sont les cruciverbistes distraits.
Mais quittons les généralités pour aborder un chapitre peu connu du Mots à caser spécial loisir de décembre 1986. Il s’agit, pages 33 et 34 dans l’édition dont il est ici question, du tournant de l’histoire. A cet endroit du récit, le narrateur dit : « Composez votre grille en utilisant tous les mots ci-dessous et en noircissant 24 cases ».
On ne saurait inviter mieux le lecteur à composer sa grille en utilisant tous les mots ci-dessous et en noircissant 24 cases. La sobriété sied à de telles invitations. Le suspense est à son comble. On ne peut en croire ses yeux. C’est le moment ou jamais de prendre un crayon, d’en suçoter l’extrémité pendant qu’on réfléchit à la manière de remplir la grille avec les mots qui nous sont proposés tout en noircissant 24 cases, et de se lancer dans l’aventure comme on saute à l’élastique . En criant « yahou ».
Quelle sensation d’infini vous transperce alors ! Quelle plénitude ! Quel à-propos dans le choix des mots ! « Iena » ! « Voltigeur » ! « Isba » ! (Alain Dubois devait être en train de lire Guerre et paix quand il a composé cela). « Vestiaires » ! (Il devait attendre le début d’un match de foot à la télé). « Nasa » ! (Il devait penser au premier homme sur la lune). » « As » ! (Il devait jouer aux cartes). « Atre » ! (C’était l’hiver) « Os » ! (il devait penser à un os).
Ne dirait-on pas le prince André qui regarde les nuages à la bataille d’Austerlitz, tandis qu’une fusée où deux cosmonautes se tapent une belote traverse l’immensité pendant que le chien du premier ronge un reste de gigot devant la cheminée en regardant d’un œil distrait l’écran du téléviseur où l’équipe de France s’apprête à rentrer sur le terrain ?
Certains psychanalystes pensent que je devrais demander un internement d’urgence, mais ils se trompent.
Vendredi prochain nous aborderons, non pas un mais deux livres dans cette chronique. Malheureusement je ne sais pas en déchiffrer les titres.
Publié dans Critiques littéraires
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L’oiseau du supermarché
L’oiseau du supermarché
Quand il sort de sa coquille
File au rayon surgelés
Il y prend du steak haché
De la glace à la vanille
De la compote en gelée
C’est un tout petit poussin
Qui dit
Tchip tchip tchip quand il pousse un
Caddie
Publié dans Poèmes objets
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Le code Rousseau 1971
On ne doit jamais contrarier son instinct quand il vous susurre la direction à prendre dans l’existence. Aussi me lancé-je illico dans l’art difficile de la critique littéraire, pour laquelle je me sens une vocation. Chaque vendredi jusqu’à ce que mort s’ensuive j’analyserai brillamment un bouquin dont les pages ont bouleversé l’humanité pour une raison ou pour une autre. Aujourd’hui commençons par le code de la route Rousseau 1971.
En 1971, toutes les voitures étaient bleues, rouges ou jaunes, et pour apprendre à conduire il fallait, selon le carrefour et les panneaux indicateurs, mémoriser des séquences de couleur. Ce système, en apparence ingénieux, fatiguait beaucoup les Daltoniens. La grande émeute des Daltoniens de 1973, sauvagement réprimée dans le sang, marqua beaucoup les esprits. Elle fut cause que le gouvernement finit tout de même par changer les règles de la circulation. Personnellement, je suis bien content de n’avoir pas connu cette époque troublée. Je ne me souviens pas que papa ou maman l’aient une seule fois évoquée en ma présence. Les voitures bleues, rouges et jaunes sont un sujet tabou.
On frémit quand on voit des choses pareilles
Le bon côté du code de la route en 1971 est qu’il laissait la part belle aux artistes. Les spécialistes en ombres chinoises avaient toujours la priorité, à condition de montrer distinctement à travers le pare-brise la figure qui la leur donnait.
Invocation de la priorité par ombre chinoise
En ce qui me concerne, je sais faire le chien, le lapin et le cerf, mais je connais un type qui réussit l’ornithorynque. La plupart du temps on tire de ses lectures de vastes enseignements, mais aucun livre n’est plus dispensateur de recommandations spirituelles que le code Rousseau. C’est bien simple, il suffit d’ouvrir une page au hasard et lire une ligne ou deux pour avoir de quoi méditer tout le reste de la semaine. Par exemple :
« Ne regardez jamais vos pieds » Chapitre Epreuves pratiques, page 7
« Ne pas oublier d’arrêter le moteur en coupant le contact, si vous avez l’intention de stationner. » Epreuves pratiques, 30
« Une route comporte plusieurs parties » Signalisation routière, 2
« Avant de stationner je dois regarder : 1° Les numéros des immeubles 2° mon calendrier » Signalisation routière,19
« Ne pas être dans un cas d’interdiction » Règles de circulation, 4
Quand on est moine Bouddhiste ou grand-prêtre Vaudou on peut diversifier la Bible et le Mahâbhârata par le code Rousseau pour se changer les idées sans rien perdre de la métaphysique de l’ordonnance.
J’ai bien envie de conclure cet article par une révélation éclatante qui va remuer les tripes de plus d’un(e) qui passait son permis en 1971 : à la fin du chapitre intitulé « Tests code de la route », chapitre qui propose tout un tas de questionnaires et d’exercices pour se préparer à l’examen du code, on trouve page 32 les réponses à ces exercices :
Ce que tout le monde ignore, c’est que l’auteur des questionnaires, travaillant auparavant pour un grand quotidien à la rubrique « mots croisés », avait conservé l’habitude de donner les résultats de la grille au prochain numéro. Ainsi, on trouve dans le code Rousseau 1971 les réponses aux exercices du code Rousseau 1970. Moralité : il ne faut pas chercher d’explication à la maladresse des automobilistes ayant passé leur permis au début des années soixante-dix ailleurs que dans le code Rousseau.
Sauf quand c’est l’Emile qui conduit.
Vendredi prochain : Mots à caser spécial loisirs décembre 1986-janvier 1987, éditions Gérard Cottreau
Publié dans Critiques littéraires
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